L'image d'Israël dans les media suisses
01.12.11
Entretien avec Martin Woker, Neue Zürcher Zeitung et Claudia Kühner, Tages-Anzeiger, modéré par Yves Kugelmann, «Tachles»
L'Association Suisse-Israël (ASI nationale) tient chaque automne sa «conférence des sections», au cours de laquelle sont abordés les thèmes d'actualité et une réflexion sur la stratégie, sans toutefois que des décisions soient prises officiellement.
Pour sa conférence du 13 novembre de cette année, elle a choisi le thème «Image d'Israël dans les media suisses» et a invité
- Martin Woker, chef de la rubrique étranger à la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) et
- Claudia Kühner, collaboratrice indépendante au Tages Anzeiger (TA).
Ces deux invités ont répondu aux questions, dans un débat modéré par
- Yves Kugelmann, rédacteur en chef de l'hebdomadaire juif Tachles.
Les débats ont été rapportés dans le numéro du 18 novembre de Tachles.
Voici le texte publié à cette occasion par Peter Abelin:
Sous étroite surveillance
Les reportages d'actualité sur le Moyen-Orient ne sont nulle part décortiqués avec autant d'attention qu'en Israël et par les organisations qui lui sont proches, tel est la conviction de Martin Woker, chef de la rubrique étranger à la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) et de Claudia Kühner, collaboratrice indépendante au Tages Anzeiger (TA), exprimée à l'occasion de la conférence des sections de l'Association Suisse-Israël à Berne.
Deux bonnes douzaines de représentants des sections de l'Association suisse-Israël (ASI) se sont rendus à la réunion de Berne, qui avait pour thème "l'image d'Israël dans les media suisses. Questionné par Yves Kugelmann, rédacteur en chef de Tachles, Martin Woker et Claudia Kühner ont tout d'abord évoqué leurs modes de fonctionnement distincts: Alors que la NZZ essaie de "présenter le monde en entier" à l'aide de ses propres correspondants, le TA se concentre sur des sujets d'actualité traités par ses correspondants en association avec la Süddeutsche Zeitung.
Une certaine fatigue
Les deux invités partagent la conviction que les affaires du Moyen-Orient sont traitées de manière identique à celles du reste du monde, mais que les réactions à ces articles sont différentes: elles sont de nature émotionnelle comme nulle part ailleurs et proviennent de l'ambassade et des organisations amies en nombres beaucoup plus élevés qu'ailleurs. Martin Woker est même d'avis qu'il faut "avoir la peau épaisse" pour durer, lui qui est de temps en temps taxé d'antisémite! Quant aux lettres de lecteurs, les deux invités affirment que celles-ci sont traitées de manière impartiale et proportionnelle à leurs nombres, pour autant qu'elles ne contiennent pas de propos insultants. Il convient de mentionner une baisse nette du nombre de lettres et de références à des émissions TV sur le thème du Moyen-Orient. Claudia Kühner pense que le public témoigne d'une certaine lassitude; elle relativise par ailleurs le poids des lettres de lecteurs: "nous travaillons en notre âme et conscience, pas pour plaire au lecteur".
Au cours du débat plénier plusieurs intervenants ont rappelé l'importance du choix des mots justes: pourquoi écrire le mot prisonnier quand il s'agit en fait d'otage? Pourquoi l'expression colonisation juive quant il s'agit de colonisation israélienne? Pourquoi écrire action en réaction quand il s'agit d'action délibérée? Est-il indifférent de parler d'activistes, de combattants ou de terroristes? Martin Woker reconnaît que "la presse n'est pas toujours consciente du poids des mots qu'elle utilise". Claudia Kühner revendique sa responsabilité langagière; c'est ainsi que des "concepts politiquement chargés" devraient soit être présents et assumés soit laissés de côté. Ceci est par ailleurs valable pour chaque thème rapporté.
Proposer une image plus large d'Israël
Questionnés sur la genèse de la présentation d'un article, Martin Woker, qui fut auparavant délégué du CICR, rédige ses commentaires en référence aux règles de base du droit des peuples; de son côté, Claudia Kühner s'efforce de vérifier la plausibilité des arguments avancés. La présidente de l'ASI Vreni Müller-Hemmi a souhaité savoir pourquoi la responsabilité du blocage actuel des négociations entre israéliens et palestiniens est systématiquement attribuée par la presse à Israël; Martin Woker se justifie par l'argument de l'extension permanente des colonies: "là, je comprends le refus des palestiniens de revenir à la table de négociation".
S'il disposait de plus de place dans ses colonnes, Martin Woker publierait volontiers d'autres articles, moins axés sur les conflits et traitant d'aspects plus originaux, comme par exemple l'immigration ou les aménagements urbains. Dans cette perspective, sa position rejoint celle de la présidente Müller-Hemmi dans son mot de la fin: l'ASI est une organisation pratiquant le lobbying, qui s'efforce de présenter Israël sous les aspects les plus variés, mais qui ne saurait être pris pour un organe du gouvernement israélien.
Traduction Jean-A. Neyroud
«Unter scharfer Beobachtung»tachles Nr. 46, 18.11.2011 (original en allemand)

